CALVAIRE DE LA MOTTE

le calvaire du Bignon.
A la sortie nord  du bourg, à l’embranchement du chemin de la Vieille Motte avec la route de La Guerche, se trouve une haute croix, simple, austère, et jusque là jamais étudiée.
Posée sur une base récente de blocs de grisons et de quartz, elle dresse son mince fût à 5m de hauteur. Ce dernier, constitué de schiste assez sombre et légèrement feuilleté, présente une section octogonale de  0,15 m de côté. Au sommet est posée une croix de même section mais rapportée et non contemporaine, car faite d’un schiste plus clair et plus compact, de type Juigné (Maine-et-Loire), liée au fût à l’aide d’un cerclage de fer.
Tout l’intérêt de cette croix réside dans ce croisillon : il porte en effet des inscriptions de très belle facture mais qu’on ne peut observer qu’à la jumelle, voire en montant dans la nacelle d’un tracteur. Leur sens a pu être établi par nos recherches amicalement soutenues et guidées par Roger Blot et Gilbert Massard.
Sur la face sud, le IHS ne pose pas de problème de lecture : I[esus] H[ominum] S[alvator] (Jésus Sauveur des Hommes) Son H est sommé d’une croix, symbole du sacrifice. En-dessous se voient trois clous disposés en éventail, autre rappel du supplice de Jésus. Mais au-dessous se lisent trois lettres disposées horizontalement, moins profondément gravées et d’un graphisme moins soigné : un B et un VA ligaturés. Leur sens n’est pour l’instant pas résolu : s’agit-il des initiales du sculpteur qui se serait signalé avec modestie par des caractères couchés et moins beaux, ou plutôt de celles du commanditaire du déplacement de ce croisillon, à une époque postérieure à la fabrication de la croix, ce qui expliquerait la différence de graphisme ?  Le dépouillement des registres de délibérations et des comptes de la paroisse de Chelun depuis 1689 apportera peut-être une réponse. Chacune des extrémités de la croix porte aussi deux inscriptions  parfaitement incisées : à l’est ISEP. inscrits dans un cercle parfait, c’est Joseph le père de Jésus ; à l’ouest ANA surmontés d’une sorte de oméga, en fait un tilde placé là comme signe d’abréviation : il faut y lire Anne, grand-mère de Jésus et mère de Marie. Enfin au revers du Christ, côté nord, AVM, monogramme de la Vierge Marie, pour Ave Maria, surmonté encore d’un tilde. Dans le demi-cercle de celui-ci, une sorte de palmette à trois feuilles peut évoquer les                
Rameaux et le Christ. Quant au sommet de la croix, il  a été examiné, et malgré les ébréchures du schiste dues à l’érosion, il est certain qu’il n’a pas porté d’inscription. C’est  tout, mais c’est aussi beaucoup. Car cette belle croix a maintenant livré une bonne partie de sa signification : au travers d’inscriptions, et non pas de figurations sculptées, elle représente le Christ supplicié et sauveur des hommes, entouré de la  Sainte Famille, saint Joseph à sa gauche, Sainte Anne à sa droite et Marie à l’arrière avec peut-être un symbole de Jésus.

Pour cette raison, il est légitime de penser qu’il s’agit d’une croix d’enclos paroissial. Ce type de croix bien spécifique, qui était placée dans le cimetière, non loin de la porte sud de l’église dite porte des morts, et au  pied de laquelle les corps des défunts recevaient la dernière bénédiction avant l’inhumation. Etait-elle à l’origine plantée sur la « pierre des trépassés » souvent citée au xviie et xviiie s. dans les registres de la paroisse de Chelun comme « lieu ordinaire pour délibérer des affaires courantes de la fabrique » ? Pour comparaison, et parmi les plus belles, on peut citer dans la région, celles de Carbay (dans le cimetière) et de Saint-Aubin-de-Pouancé (devant l’église) toutes deux réalisées en schiste clair de Juigné et attribuées au xvie s. Mais à Chelun, l’écrit, et de surcroît abrégé, a remplacé les figures sculptées, accentuant encore par sa sobriété et sa pureté le symbolisme et l’abstraction de la croix ; il n’en demeure pas moins que, dans les deux cas, le Christ en croix et la Vierge Marie sont placés dos à dos, symbolisant la course du soleil et le cours de la vie entre le Levant et le Couchant, le matin et le soir, la naissance et la mort. Quant à sa datation, tout concorde pour placer celle-ci au xviie s, tant en raison du graphisme, que de la présence de trois clous (plus nombreux au xviiie s.), et de la non figuration de la Sainte Famille.
Pour autant, tout n’est pas dit ; d’abord, que signifient ces initiales BVA ; et puis dans quelles circonstances a-t-elle été retirée du cimetière pour être placée en cet endroit ? Enfin de quand date le fût sur laquelle elle a été placée ?
Jean Claude Meuret
le calvaire du Bignon. #

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