« CHELUN » ne s’est pas toujours écrit « Chelun » ...

La première mention de Chelun se trouve sur un parchemin conservé aux archives départe-mentales d’Angers, daté d’entre 1081 et 1093, lorsqu’un chevalier nommé Alveus (Alvée) donne à l’abbaye de Saint-Aubin d’Angers l’église qui se nomme Calumpniacus.


Rédigée par des moines, cette charte est écrite en latin. Calumpniacus est la traduction d'un mot qui signifie querelle, contestation, litige. Il a le même sens que le nom commun challenge et il correspond au nom de lieu Le Chalonge. Il apparait donc que Chelun avait été antérieurement un lieu contesté, probablement entre diverses grandes seigneuries comme celles de Craon, Pouancé, La Guerche ou Martigné-Ferchaud
Au dos du parchemin, sans doute plus tard, a été écrit "carta de Chalumniaco, vulgo Chalum"



(Charte de Chalumniaco, vulgairement Chalum). On voit ainsi que, comme partout, les noms propres n'avaient pas encore de forme fixe, aussi bien en latin avec Chalumniacus qu'en français avec Chalum.
La deuxième mention date de la fin du XII siècle. Elle se lit dans le nécrologe de l'église cathédrale de Rennes rédigé au XVI siécle. On y apprend que les chanoines doivent prier pour l'âme de Geoffroy de Pouancé, père de Guillaume (III) de la Guerche. Celui-ci a en effet donné à l'évêque de Rennes, le droit de prendre le bois nécessaire à son four (celui de Rannée), ainsi que, chaque année, un chêne dans sa foresta de Chalun. Cette forêt de Chalun

(=Chelun) désigne, bien sûr, une partie de la forêt des seigneurs de la Guerche, le plus souvent nommée forêt de la Guerche, parfois de Rannée, et ici, de Chelun.
Plus tard, en 1543, un aveu rendu par le seigneur de Brécharnon (en Saint-Michel-de-la-Roë, qui se nommait alors Sainct-Michel-des-Boys) à son seigneur supérieur, celui de Craon, fournit une autre mention ancienne. L’acte se trouve à la Bibliothèque Municipale d’Angers. Chelun est alors orthographié Challun. En même temps, le texte fournit d’interessantes indications sur la position de Chelun à la frontière de la Bretagne et de l’Anjou marquée par le ruisseau et la fontaine d’Anjou. On y cite aussi les landes d’Anjou, en direction du bois d’Andigné. Ce dernier est alors nommé Bois de Landinyer, il mesure 500 journaux (environ 250 ha) trois fois plus qu’aujourd’hui car des “beuscheurs” (des bûcherons défricheurs) y sont au travail. Et le sieur de Brécharnon y a le droit de chasser les sangliers de toutes couleurs, donc de tous âges et de toutes tailles
Il en ressort que le nom actuel d’Andigné résulte probablement d’une transformation parlée postérieure tout comme la forme écrite actuelle de Chelun.
Jean Claude Meuret