PATRIMOINE DE CHELUN - Une belle sculpture méconnue 

Notre commune a perdu beaucoup de son patrimoine ancien: la belle église romane qui avait été bâtie à la fin du XIe s. ou au début du XIIe s. a été rasée à la fin du XIXe s. pour faire place à l’édifice actuel, sans doute réussi, mais d’aspect plus finistérien que haut-breton, le menhir de la Pierre Marie qui se dressait près de la Baillerie depuis le néolithique et qui a été dynamité dans les années 1960 et a servi à empierrer un chemin, les belles halles à charbon de bois construites au XVIIIe s. pour le haut-fourneau de Roches qu’on a démoli dans les années 1980 pour en récupérer les pierres, le vieux presbytère qui devait avoir été bâti au XVIIe s. et qui a été rasé plus récemment encore pour faire de l’espace au lotissement ...
On ne peut bien sûr arrêter le temps et tout transformer en musée, mais il serait triste aussi, que, sous prétexte de modernité, on fasse table rase de tout notre passé, de toutes nos racines, de toute notre histoire.
Raison de plus pour regarder et préserver cette belle sculpture conservée dans un endroit de la commune très discret mais pourtant public. On la voit dans un angle de la cour de l’école, scellée là sans doute vers le début du XXe s. C’est un visage de femme sculpté dans le grès du pays. Un visage ovale, plein, régulier, aux yeux grands ouverts, plutôt jeune. Mais ce qui frappe le plus, c’est sa coiffure, un grand voile qui lui couvre toute la tête et redescend de chaque côté. On pense immédiatement aux représentations de la duchesse Anne de Bretagne, morte en 1524 et qui a presque toujours été figurée avec une telle coiffe. La comparaison est importante car elle seule permet de proposer une datation au XVIe s. On aimerait savoir d’où elle vient. Peut-être de l’ancien manoir de la Motte, ou alors de celui du Bois-du-Lié ? Ou alors, ce qui plus vraisemblable, de l’ancienne église ? Aucune archive ne nous le dit.
Bien sûr ce n’est pas la Joconde de Vinci, et pourtant elle est sans doute sa contemporaine. Et si elle ne sourit pas, elle exprime par tous ses traits à la fois une belle sérénité et une grande force de caractère.
Par Jean Claude Meuret
Sculpture de l’école de Chelun